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Radioprotection en cancérologie : état des lieux, enjeux et axes de conception des unités de soins

  • Photo du rédacteur: milarepa Delasag
    milarepa Delasag
  • il y a 5 jours
  • 3 min de lecture
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Les unités de cancérologie utilisant des rayonnements ionisants (radiothérapie externe, curiethérapie, médecine nucléaire thérapeutique et diagnostique) sont soumises à un ensemble d’exigences réglementaires strictes destinées à protéger les patients, les travailleurs et le public. La radioprotection y occupe une place centrale dès la conception des locaux, se poursuit dans l’aménagement des espaces et se concrétise dans les pratiques quotidiennes des professionnels de santé.


1. Les environnements concernés : un périmètre complexe et diversifié


Les unités cancérologiques utilisant les rayonnements ionisants comprennent généralement :

  • des salles de traitement (accélérateurs linéaires, salles de curiethérapie),

  • des zones chaudes en médecine nucléaire (préparation des radiopharmaceutiques, injection),

  • des chambres protégées pour les patients traités par sources non scellées,

  • des zones de circulation pour le public et le personnel non exposé,

  • des locaux techniques (stockage des sources, salles électriques, ventilations spécifiques),

  • des espaces dédiés au contrôle dosimétrique et à la radiophysique médicale.

Chacun de ces espaces impose des exigences de confinement, d’agencement et de protection différentes selon la nature et l’intensité du rayonnement manipulé.


2. État des lieux de la radioprotection : constats clés


2.1. Maîtrise des expositions externes

Les accélérateurs linéaires et les sources scellées de curiethérapie génèrent principalement des rayonnements gamma et X de haute énergie.Les constats actuels montrent que :

  • les blindages sont performants, mais parfois sous-dimensionnés face à l’évolution des énergies utilisées (IMRT, VMAT, stéréotaxie),

  • la distribution des zones contrôlées doit parfois être ajustée,

  • les postes de travail adjacents nécessitent une vérification régulière des débits de dose résiduels.

2.2. Gestion du risque de contamination interne

Concernant la médecine nucléaire thérapeutique et diagnostique :

  • la préparation des radiopharmaceutiques reste un point critique nécessitant un niveau de confinement optimal,

  • les chambres "radioactives" doivent être conçues pour limiter la dispersion dans les réseaux d’eaux usées et les systèmes de ventilation,

  • la gestion des déchets radioactifs (effluents, linge, matériel) demeure une difficulté opérationnelle fréquente.

2.3. Circulation du public et des accompagnants

Les flux doivent être rigoureusement séparés :

  • circulation publique hors des zones réglementées,

  • accès restreint aux zones contrôlées,

  • signalisation claire et visible des niveaux de risque.

Des audits montrent encore :

  • des couloirs trop proches des zones irradiantes,

  • des salles d’attente mal positionnées,

  • des zones chaudes insuffisamment isolées.

2.4. Travailleur exposé : formations et pratiques

Les équipes de cancérologie sont exposées de manière variée selon les activités :

  • manipulateurs en électroradiologie,

  • radiophysiciens,

  • infirmiers en médecine nucléaire,

  • oncologues radiothérapeutes,

  • ingénieurs biomédicaux,

  • équipes techniques de maintenance.

Les points de vigilance observés :

  • formations parfois hétérogènes selon les établissements,

  • port irrégulier de la dosimétrie opérationnelle,

  • procédures encore perfectibles dans les interactions patient-soignant (injections, transfert du patient irradié, transport interne).


3. Axes prioritaires pour la conception et l’aménagement des unités


3.1. Architecture et blindage

La conception doit intégrer :

  • l’épaisseur adaptée des murs, portes plombées, chicanes,

  • la maîtrise des fuites photoniques et neutroniques (feux d’électrons >10 MV),

  • l’absence de locaux sensibles derrière les parois (bureaux, écoles, crèches, salles d’attente).

Une modélisation radiophysique préalable (Monte-Carlo, calculs analytiques) est indispensable.

3.2. Confinement et ventilation

Doivent être intégrés :

  • des systèmes indépendants pour les zones chaudes,

  • des gradients de pression pour empêcher la dispersion,

  • des hottes et isolateurs validés pharmaceutiquement,

  • des circuits d’air filtré HEPA et/ou charbon actif selon les radionucléides.

3.3. Gestion des effluents et déchets

Les unités doivent prévoir :

  • des cuves de décroissance dimensionnées au volume réel,

  • un réseau d’eaux usées dédié pour les chambres en médecine nucléaire,

  • des sas de transit pour déchets solides,

  • un plan logistique interne clair (collecte, stockage, contrôles, traçabilité).

3.4. Ergonomie et circulation

Objectifs :

  • limiter les croisements de flux (public / patient injecté / personnel),

  • assurer la confidentialité et la sécurité,

  • prévoir des espaces tampon (sas personnel, sas matériel).

3.5. Radioprotection du personnel

À anticiper dès la conception :

  • zones de repos non exposées,

  • lieux de stockage des EPI,

  • postes de travail situés en zones à faible débit de dose,

  • visibilité directe ou vidéo-surveillance des patients pour limiter l’exposition.


4. Moyens et dispositifs de protection dans les unités cancérologiques


Protection collective

  • blindages architecturaux (plomb, béton haute densité),

  • dispositifs de confinement (hottes, caissons, isolateurs),

  • signalétique normalisée,

  • systèmes d’alarmes radiologiques,

  • automatisation des processus (robots d’injection, manipulateurs distants).

Protection individuelle

  • dosimétrie passive et opérationnelle,

  • tabliers, lunettes et gants plombés selon les pratiques,

  • EPI adaptés à la contamination,

  • procédures strictes de vérification avant sortie de zone.

Surveillance radiologique

  • contrôles réguliers des locaux,

  • cartographie annuelle des débits de dose,

  • maintenance préventive des installations,

  • audits de conformité ASN/IRSN.


Conclusion


La radioprotection dans les unités de cancérologie repose sur une approche globale intégrant architecture, équipements, organisation et formation. Les enjeux sont doubles : protéger les patients et les travailleurs, tout en garantissant la continuité d’un parcours de soin sûr et performant.

La conception d’une unité moderne doit anticiper l’évolution des techniques (hautes énergies, thérapies ciblées, radio-isotopes innovants) tout en maintenant un niveau de sûreté conforme aux exigences nationales et internationales.

 
 
 

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