Phénomènes de radioactivité dans les entreprises de métallurgie et réutilisation des matériaux dans la construction
- milarepa Delasag
- 1 août
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1. Introduction
La radioactivité est un phénomène physique naturel ou artificiel lié à la désintégration de noyaux atomiques instables. Si elle est largement étudiée dans les domaines de la médecine et de l’énergie, sa présence dans l’industrie métallurgique et sa répercussion dans le secteur de la construction soulèvent des préoccupations croissantes. En effet, des matériaux métalliques recyclés ou importés peuvent contenir des radionucléides, posant des risques sanitaires et environnementaux non négligeables.
2. Origine de la contamination radioactive dans la métallurgie
2.1. Sources naturelles et anthropiques
Dans la métallurgie, la contamination radioactive peut provenir :
De minerais naturellement radioactifs (NORMs : Naturally Occurring Radioactive Materials) tels que l’uranium, le thorium ou le radium présents dans les minerais de fer, bauxite, cuivre ou phosphates.
D’équipements contaminés issus de l’industrie nucléaire (tuyaux, réacteurs, valves) fondus par inadvertance dans des aciéries.
De déchets industriels mal étiquetés ou introduits illégalement dans les circuits de recyclage.
2.2. Mécanismes de propagation
Lors de la fusion des métaux, certains radionucléides peuvent se volatiliser ou se fixer dans les scories, poussières ou produits finis. La radioactivité ainsi incorporée peut se retrouver dans :
Les aciers de construction (poutrelles, câbles, armatures),
Les tôles et plaques métalliques utilisées dans le bâtiment,
Les matériaux de finition (portes, cadres, équipements).
3. Risques associés à la construction avec des matériaux contaminés
La présence de radionucléides dans des bâtiments peut entraîner une exposition chronique au rayonnement ionisant. Les isotopes comme le cobalt-60 ou le césium-137 peuvent émettre des rayonnements gamma pénétrants, augmentant les risques de cancers, notamment en cas d’exposition prolongée.
Des cas documentés au Mexique, en Inde ou en Turquie ont révélé l’usage accidentel de matériaux radioactifs dans la construction de logements, conduisant à des niveaux de rayonnement bien supérieurs aux seuils recommandés pour le public.
Analyse des normes internationales relatives à la radioactivité dans les matériaux de construction
1. Normes et recommandations existantes
1.1. Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA)
L’AIEA propose des directives (par exemple les Safety Standards Series No. RS-G-1.7) définissant les niveaux de référence pour les matériaux contenant des radionucléides naturels. Elle recommande :
Un indice d'activité gamma (I) inférieur à 1 pour les matériaux destinés à la construction résidentielle.
Des mesures régulières de surveillance des matériaux importés ou recyclés.
1.2. Commission Européenne
La directive Euratom 2013/59 fixe les normes de sécurité de base, imposant aux États membres de surveiller l’exposition aux rayonnements dans les matériaux de construction. Elle impose :
La déclaration des matériaux contenant des radionucléides naturels.
La limitation de l’exposition à 1 mSv/an pour le public.
1.3. ANSI/HPS (USA) et autres normes nationales
Des standards américains comme ANSI N13.12 recommandent des limites d’acceptabilité de l’activité surfacique pour les matériaux métalliques destinés au commerce.
2. Application partielle ou inégale des normes dans le monde
2.1. Inégalités dans la mise en œuvre
Certains pays industrialisés comme l’Allemagne, la Suède ou le Japon appliquent strictement les normes internationales. Cependant, dans d’autres régions :
Les infrastructures de contrôle radiologique sont absentes ou inefficaces.
Les importations de matériaux sont peu ou pas contrôlées.
Les procédures de recyclage ne prévoient pas d’identification radiologique systématique.
2.2. Cas emblématiques
Mexique (1983) : Un incident majeur survient lorsqu’une source de cobalt-60 est fondue dans une aciérie, et l’acier contaminé est distribué à grande échelle.
Inde (2010) : Une source de cobalt issue d’un hôpital est vendue à un ferrailleur, provoquant un décès par irradiation.
Chine : Malgré des efforts récents, des cas de contamination dans des aciers de construction ont été rapportés, souvent liés à un tri inadéquat des déchets métalliques.
Conclusion
La radioactivité dans la métallurgie et son transfert dans la construction soulèvent des enjeux de santé publique, de réglementation et de traçabilité des matériaux. Les normes internationales sont claires, mais leur mise en œuvre varie selon les ressources, la volonté politique et les capacités techniques des pays.
Renforcer les contrôles à l’importation, former les opérateurs, et intégrer la détection radioactive dans les chaînes de recyclage métallurgique sont des étapes clés pour garantir la sécurité des matériaux utilisés dans le bâtiment.
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